“Ozempic Face” : quels effets des nouveaux traitements amaigrissants sur le vieillissement cutané ?
Les analogues du GLP-1 ont profondément transformé la prise en charge du surpoids et de l’obésité. En quelques années, ces traitements sont devenus des « blockbusters », prescrits bien au-delà de leurs indications initiales, avec des pertes de poids parfois rapides et spectaculaires.
Les traitements les plus connus de cette classe sont commercialisés sous les noms Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, initialement développés pour le diabète ou l’obésité, et aujourd’hui largement médiatisés pour leurs effets sur la perte de poids.
Si les bénéfices métaboliques sont aujourd’hui bien documentés, une autre réalité clinique émerge progressivement : l’impact de ces traitements sur la peau et sur l’apparence du visage. Relâchement cutané, perte de volume, traits marqués, altération de la qualité de peau… autant de observations rapportées par les patients, mais encore mal expliquées au grand public.
Qu’est-ce que le GLP-1 et pourquoi induit-il une perte de poids rapide ?
Le GLP-1 (glucagon-like peptide-1) est une hormone intestinale impliquée dans la régulation de la glycémie et de la satiété. Les analogues du GLP-1 agissent en diminuant l’appétit, en ralentissant la vidange gastrique et en améliorant la sensibilité à l’insuline.
Chez certains patients, cette action entraîne une perte pondérale rapide, parfois supérieure à 10 ou 15 % du poids initial en quelques mois. Or, une perte de poids rapide ne concerne pas uniquement la masse grasse viscérale ou abdominale : elle touche aussi le tissu adipeux sous-cutané, y compris au niveau du visage.
Pourquoi la peau est-elle impactée ?
Contrairement à une idée reçue, la peau n’est pas une enveloppe passive. Son aspect dépend étroitement de trois éléments :
le derme (collagène, élastine),
le tissu adipeux sous-cutané,
les structures de soutien profondes.
Lors d’une perte de poids rapide, le tissu adipeux facial, qui participe au soutien et à la rondeur du visage, diminue. Cette fonte peut entraîner :
un affaissement des traits,
une accentuation des sillons nasogéniens et des plis d’amertume,
une perte de définition des pommettes,
un aspect fatigué ou vieilli du visage.
On parle parfois de manière abusive de “GLP-1 face” ou “Ozempic face”, termes réducteurs qui masquent une réalité physiologique bien connue : la perte de volume accélère l’expression du vieillissement cutané préexistant.
Quels effets cutanés sont observés en pratique ?
Sur le plan clinique, plusieurs modifications peuvent être constatées :
relâchement cutané, surtout chez les patients de plus de 40 ans,
perte de densité et de tonicité de la peau,
accentuation des rides liées à la gravité,
altération de l’éclat cutané, parfois liée à des carences nutritionnelles associées.
Il est important de souligner que ces effets ne sont ni systématiques ni irréversibles. Ils dépendent fortement du terrain initial et de la manière dont la perte de poids est accompagnée.
GLP-1 et dermatoses inflammatoires : des effets cutanés parfois favorables
Au-delà des modifications morphologiques liées à la perte de poids, certaines données récentes suggèrent que les agonistes du GLP-1 pourraient exercer des effets bénéfiques sur des dermatoses inflammatoires chroniques telles que le psoriasis et la maladie de Verneuil (hidradénite suppurée). Des améliorations cliniques ont ainsi été rapportées chez certains patients, indépendamment de la seule perte pondérale.
Une revue récente souligne un possible rôle immunomodulateur du GLP-1, avec une diminution de certaines voies pro-inflammatoires impliquées dans ces pathologies.
Ces résultats restent cependant préliminaires, reposant en grande partie sur des études observationnelles et des séries limitées. Ils ne concernent pas les mécanismes du vieillissement cutané, mais illustrent la complexité des interactions entre métabolisme, inflammation systémique et peau, rappelant que les effets des traitements par GLP-1 sur la peau ne sont ni uniformes ni exclusivement délétères.
Facteurs qui majorent l’impact sur la peau
Tous les patients sous GLP-1 ne présentent pas les mêmes modifications cutanées. Les facteurs suivants jouent un rôle déterminant :
rapidité de la perte de poids,
âge et capital cutané initial,
exposition solaire cumulative,
carences protéiques ou micronutritionnelles,
absence d’activité physique avec perte de masse musculaire associée.
Autrement dit, le traitement n’est pas le seul responsable. Il agit comme un révélateur ou un accélérateur de mécanismes déjà présents.
Peut-on prévenir ces effets ?
Oui, en grande partie.
La prévention repose sur une approche globale et anticipée :
suivi médical régulier,
apport protéique suffisant,
correction des carences (vitamines, oligo-éléments),
maintien de la masse musculaire par l’activité physique,
surveillance de la qualité cutanée dès le début du traitement.
Anticiper est essentiel : corriger un relâchement installé est toujours plus complexe que l’accompagner en amont.
Quelle place pour la médecine esthétique ?
Lorsque des modifications esthétiques apparaissent après une perte de poids rapide, la prise en charge doit rester progressive et raisonnée.
L’objectif n’est pas de compenser la perte pondérale par une sur-correction des volumes. Il s’agit avant tout d’accompagner la peau et les structures de soutien.
La première étape concerne la qualité de la peau.
Les traitements inducteurs de collagène occupent ici une place centrale. Ils stimulent la production endogène de collagène et d’élastine, améliorent la densité dermique et redonnent de la tonicité à une peau fragilisée.
Historiquement, les inducteurs de collagène ont d’abord été utilisés dans la prise en charge de la lipoatrophie faciale chez les patients atteints du VIH. Ce modèle clinique, caractérisé par une perte rapide et marquée du tissu adipeux sous-cutané, a permis de démontrer l’intérêt d’une restauration progressive du support dermique par stimulation collagénique plutôt qu’une volumisation immédiate.
Ils permettent d’agir sans modifier les volumes du visage. Cette approche est particulièrement adaptée lorsque le relâchement est modéré et que la perte de volume est diffuse.
L’acide hyaluronique, lorsqu’il est indiqué, doit être utilisé avec parcimonie.
Sa place n’est pas de « remplir » un visage amaigri. Il peut en revanche être utile pour restaurer un soutien ciblé, dans des zones précisément identifiées, ou pour améliorer l’hydratation et la qualité tissulaire selon le type de produit utilisé. Une volumisation excessive exposerait à un résultat artificiel, en décalage avec la dynamique globale du visage.
D’autres approches peuvent être envisagées au cas par cas.
Techniques de stimulation cutanée, dispositifs à énergie visant la fermeté, ou protocoles combinés à faible intensité peuvent être proposés selon le terrain et les attentes. Ces stratégies permettent le plus souvent des résultats progressifs, naturels et mieux tolérés dans le temps.
Enfin, aucune intervention n’est parfois nécessaire.
L’information, la surveillance et le temps peuvent suffire. Dans d’autres situations, un accompagnement esthétique ciblé peut améliorer nettement le confort et l’image de soi, à condition de respecter une logique médicale, individualisée et non standardisée.
Les traitements par analogues du GLP-1 ne “détruisent” pas la peau. Ils accélèrent l’expression du vieillissement cutané lorsqu’une perte de poids rapide survient sur un terrain déjà fragile.
Plutôt que d’opposer bénéfices métaboliques et conséquences esthétiques, il est temps d’adopter une vision médicale intégrative, où la peau est considérée comme un organe à part entière, indissociable de l’équilibre global du patient.
Dans un contexte où ces traitements vont continuer à se développer, l’enjeu des prochaines années sera clair : mieux informer, mieux prévenir et mieux accompagner, pour que la perte de poids soit un progrès durable, y compris pour la peau.
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